Et Jean-Pierre Raffarin de dire en 2002 : « Il faut remettre la France au travail ». Pour tout dire, il s'est contenté de reprendre
cette formule vieille comme la Droite puisqu'en 1938 déjà, son prédécesseur Edouard Daladier s'en prenait aux acquis sociaux du Front Populaire.
Eh oui, en 1937, le gouvernement Blum tomba et déjà le patronat exultait d’allégresse car les hommes qui interneront plus tard les réfugiés espagnols républicains
fuyant le franquisme et qui voteront les pleins pouvoirs à Pétain voudront en découdre avec le progrès social ! A cela s'ajoute des reproches culpabilisateurs à ce pays de « flemmards » et «
d’assistés », tandis que nos voisins seraient des travailleurs « acharnés » et « efficaces ». Les français se délectent donc à peine des loisirs rendus possible grâce à la Gauche que le nouveau
Président du Conseil, Edouard Daladier revient sur la semaine des « 40 heures » comme sur le samedi chômé, ce qu’on a appelé « la semaine des deux dimanches ». Daladier déclare : « Il faut
remettre la France au travail. ». C’est mot pour mot la formule de Raffarin contre les 35 heures…
Heureusement que François Mitterrand avait remporté à la suite les élections présidentielles de 1981 et de 1988… Que seraient donc devenus les
39 heures, la 5ème semaine de congés payés et la retraite à 60 ans ?! La compétitivité de la France s’est-elle effondrée pour autant ? Pas du tout, puisque les français sont parmi les plus
productifs ! En prenant comme base, l’année 1980, la productivité du travail ne cesse pas d’augmenter en France. Cela signifie que pour une même quantité de production, le nombre d’heure de
travail nécessaire diminue ! En conséquence, soit on décide de diminuer la durée du travail, soit on décide de diminuer le nombre d'emplois dans l'entreprise ce qui entraînerait la hausse du
chômage ! Les chiffres montrent clairement que le chômage n’a pas augmenté en France avec ces réformes. Les entreprises ont fait le choix de réorganiser le travail, aidées par l'Etat. Le
chômage a même connu un recul jusqu'en 1983... En effet, la France n'est pas suivie par ses partenaires européens ou américains dans le choix d'une politique d'économie plus sociale et ne
voulant pas se retrouver isolée (ce sont les années Reagan et Tatcher...), l’année 1983 est celle du tournant de la rigueur. Curieusement, c’'est aussi l'année de reprise de la hausse du chômage,
tout un symbole ! D'ailleurs, on constate aussi que l'application des 35 heures en 2000 n'a pas non plus eu un impact négatif sur la courbe du chômage...

5 ans plus tard, ce n’est plus monsieur Raffarin mais monsieur Sarkozy (eh oui, ce n’est plus le Premier ministre Daladier ou Raffarin mais L’Omni Président de la
République…), aidé de son fidèle quotidien et de son institut de sondage fétiche qui use et abuse de raccourcis dans les analyses et les propos : « Travailler plus pour gagner plus », le seul
moyen de relancer la croissance et d'augmenter le pouvoir d'achat ! Les français ne travaillent pas assez par rapport à nos voisins. Nous serions un pays de tire-au-cul, de paresseux qui se
dérobent aux moindres corvées, à l'exercice, au travail, en les laissant accomplir par d'autres… « Il faut que ça change ! ». La présidence Sarkozy nous rebat les oreilles sur la France qui
ne travaillerait donc pas assez.
Mais de quelle France parle-t-il ?
De la France qui travaille déjà et qui a la meilleure productivité mondiale ? Cette France est loin d’être flâneuse ! Ou parle-t-il de la France au chômage, de celle
pour qui « travailler plus pour gagner plus » est impossible puisqu’ils n’ont pas du tout de travail… ? Apparemment, il ignore cette deuxième France, au chômage qui ne demande qu’à travailler,
une France à l’inactivité coûteuse ! Cette France oubliée explose, elle était la première concernée par les mesures du gouvernement Jospin : les 35 heures, l’annualisation du temps de
travail, les emplois jeunes et la baisse des charges… Nicolas Sarkozy préfère lancer un train de mesures en faveur du patronat. Il préfère mettre au travail, ceux qui qui travaillent déjà mais
jamais assez. Bref, s’ajoute à la suppression de jours fériés… la défiscalisation et l'exonération des charges sur les heures supplémentaires. Oui, décidément, on n’en finit pas de compenser les
35 heures. La Droite oublie un détail, de taille : l'annualisation du temps de travail et des allègements de charge a depuis le départ été accordé au patronat par le Premier ministre Jospin en
compensation des 35 heures.
Des patrons qui seraient encore et toujours pris à la gorge… mais pas l'ouvrier, pensez-donc ! Encore et toujours plus de compensations… mais pourquoi faire ?
Pour rattraper la main d’œuvre asiatique… ?!
Rassurez-vous, les 35 heures ne sont pas les seuls boucs-émissaires du chômage… Tout comme aujourd'hui avec les vols groupés de Sarkozy… en 1938, le Président du
Conseil mène une répression aggravée à l’égard des étrangers. Le 14 avril 1938, le ministre de l’Intérieur demande à ses préfets « une action méthodique, énergique et prompte en vue de
débarrasser notre pays des éléments indésirables trop nombreux qui y circulent et y agissent au mépris des lois et des règlements ou qui interviennent de façon inadmissible dans des querelles ou
des conflits politiques ou sociaux qui ne regardent que nous ». Un décret gouvernemental stipule que « le nombre sans cesse croissant d’étrangers résidant en France impose au gouvernement,
investi du pouvoir législatif dans un domaine nettement défini, d’édicter certaines mesures que commande impérieusement le souci de la sécurité nationale, de l’économie générale du pays et de la
protection de l’ordre public ». L’expression de « tolérance zéro » n’existait pas encore, mais on l’entend qui macère.
Hier comme aujourd’hui, on tape aussi sur les immigrés pour faire sans doute oublier à nos ouvriers les coups qu’eux-mêmes reçoivent sans même en avoir
conscience. C’est notamment le progrès social que l’on veut à la moindre occasion remettre en cause ! Ainsi, « La durée
légale du travail en France est la plus basse d’Europe et l’une des plus basse au monde, les citoyens d'autres pays travaillant beaucoup plus ». Il faudrait donc remettre ces « flemmards » de
français au travail…
Mais de quels français parle-t-on ?! Les apparences sont toujours trompeuses, la réalité étant plus complexe qu'on ne veuille le montrer.
La durée légale… et la durée effective du travail
La durée légale du travail est tout simplement une durée de principe !
Elle ne sert qu'à une chose : fixer le point de départ des heures supplémentaires !
« Je ne vois pas pourquoi on empêcherait les gens de travailler plus s'ils sont payés en conséquence… ». Contrairement à ce qu’affirme Nicolas Sarkozy,
rien n’empêche de « travailler plus pour gagner plus » ! Mais comme le dit si bien le Candidat devenu Président : pour « travailler plus »… encore faut-il être sûr de «
gagner plus » !!! Car la réalité est bien différente de la fiction sarkoziste…
Travailler plus, cela existe déjà et cela s’appelle des heures supplémentaires !
Eh oui, Monsieur le Président !

D’ailleurs, j’ose parler de la dure réalité, d’un sujet qui fâche : trop souvent, ces heures supplémentaires ne sont
même pas payées et des salariés sont licenciés pour simplement demander le respect de leurs droits. Le CNE (Contrat Nouvelle Embauche) ou CPE (Contrat Première Embouche) a d'ailleurs bien arrangé
les employeurs malhonnêtes à cet égard.
Monsieur le Président, s'il on veut vraiment être honnête et connaître l’efficacité au travail des Français, il faut d’autres
indicateurs : la durée effective, réelle. C'est la durée de travail effectuée effectuée en tenant compte de l'ensemble des heures travaillées, normales
et supplémentaires (payées ou pas), pendant une semaine ou une semaine en moyenne, en cas d'horaires variables. Depuis plusieurs années, la durée effective dépasse ce qu’on appelle « la durée
affichée » par les entreprises de trois heures environ par semaine (emplois à temps complet). Autrement dit, heureusement que l'on ne se fie pas aux dires des entreprises… L'INSEE se montre bien
plus précis et indique la durée effective des emplois à plein temps, celle des emplois à temps partiel et la proportion d'emplois à temps partiel dans l'ensemble des emplois ; on y voit bien
plus clair !

Ainsi, si la durée légale du travail est de 35 heures par semaine en France, la durée effective, elle, est en
moyenne de 39 heures pour les emplois à temps plein et de 36,3 heures pour l'ensemble des emplois.
D'ailleurs, en 2006, on a franchi la barre des 41 heures par semaine à temps plein... !
Si l’on s’intéresse à nos voisins et en se référant aux chiffres de l'année 2006 donnés par Eurostat, le très officiel Office Statistique des Communautés Européennes, ils
montrent dans l'ordre croissant, en nombre d'heures travaillées par semaine, tout d'abord les Pays-Bas puis la Norvège, le Danemark, l'Allemagne, l'Irlande, la Suède, la Belgique, le Royaume-Uni
et la Finlande. Vient par la suite la moyenne européenne à 27 : 37,9 heures. Le premier pays à travailler plus que ladite moyenne est la France : 38 heures ! Viennent derrière l'Italie, la
Lituanie, le Portugal, l'Espagne, l'Estonie, la Croatie, la Slovénie... Les plus gros travailleurs sont enfin les Bulgares, Lettons, Tchèques puis les Grecs : 42,7 heures. Les citoyens d'autres
pays occidentaux ne travaillent pas plus ! Eh oui ! A l'encontre d'une idée répandue mais mensongère, les français ne travaillent pas 35 heures par semaine d’autant plus qu’il faut tenir compte
des emplois à temps partiel, et malgré tout, on est toujours au-dessus de 35 heures !
Aux Etats-Unis, le nombre d'heures travaillées par semaine est de 33,8 heures pour l'ensemble des emplois et de 25,7 heures à 41,1 heures selon les secteurs
d'activité (exception faite du secteur minier : 45,6 heures, 0,5% des emplois).
Autrement dit, quand la majorité présidentielle voit toutefois dans la forte augmentation des heures supplémentaires réalisées ces deux dernières années un signe
encourageant… Que celle-ci ait au moins l’honnêteté de dire que les français n’ont pas attendu ce gouvernement pour travailler plus. Après, que les patrons soient malhonnêtes vis-à-vis de
l'Urssaf, qu’ils ne veuillent pas déclarer toutes les heures supplémentaires et participer aux charges de la collectivité, on le savait déjà… N’oublions pas non plus que le travail au noir
existait bien avant les 35 heures et continuera d’exister bien après car il s’agit là de ne payer aucune charge... dès la 1ère heure ! Remarquons que Nicolas Sarkozy se prononce sur tant de
choses mais absolument pas au sujet du travail au noir…
Qu'en conclure ?
Eh bien, si l’on reprend le dernier graphique, aussi étrangement que cela puisse paraître à notre Président, les pays où l'on
travaille le moins sont les plus avancés, les plus performants économiquement et socialement ! A l'inverse, si l’on observe le bas du classement, les « flemmards » sont ceux dont le PIB par
habitant est le plus faible. Tout se passe comme si plus on est un pays moderne, plus on est un pays économiquement performant, moins on travaille ! Allez savoir pourquoi, mais moins l'on
travaille et plus le PIB par habitant est élevé. Alors est-ce une ignorance ou est-ce un mensonge délibéré de la part du Président Sarkozy ? En tout cas, les faits sont têtus et contredisent
vertement notre omni présidence. Comme dirait Léon Mercadet, journaliste à La matinale de Canal + et qui a permis de mettre en lumière cet incroyable classement européen : « J’ai quand même
l'impression qu'on nous répète ça dans l'espoir qu'un mensonge cent fois répété devienne une vérité ».
Alors certains membres de la majorité présidentielle vous parleront des congés payés…
Aux Etats-Unis, la durée est de trois semaines (ou plus selon les branches d'activité ou les entreprises). Quant à la durée des congés payés dans les pays européens,
elle est de cinq semaines, parfois six (conventions collectives). Dans l’ex-Europe des 15 :
A noter que s’ajoutent aux jours
fériés indiqués dans le tableau, des congés régionaux accordés dans certains pays de l'Union, mais aussi des congés spéciaux (mariage, décès, naissance...). Autant de jours supplémentaires qui,
selon Mercer, augmentent la disparité des congés payés au plan européen. Bref, les français ne sont pas les plus fainéants… ! Et puis, tout dépend du nombre d’heures travaillés par jour !
Autrement dit, ce tableau ne renseigne en rien du nombre total d’heures travaillées dans l’année !!!
S’il on s’intéresse à la durée annuelle du temps de travail, seule vraie façon de prendre en compte vacances et jours fériés (…n’est-ce pas Monsieur Raffarin ?!) :
elle est en France de 1545 heures, contre 1445 en Allemagne, 1499 au Danemark, les Pays-Bas étant le pays où l'on travaille le moins avec 1340 heures. On en tire finalement les mêmes conclusions
!
Alors dans quel but est menée cette distorsion des faits ?
La réponse est évidente : pour supprimer peu à peu le seuil de déclenchement des heures supplémentaires ! Ainsi, les Français travaillent déjà plus de 35
heures, puisqu’on en est à 38/39. Mais si on prend des mesures qui reviennent en réalité à supprimer la durée légale du temps de travail, on n'a plus besoin de payer au tarif des heures
supplémentaires, entre la trente-cinquième et la trente-neuvième, voire plus. De plus, en réduisant les charges sociales qui pèsent sur le travail sans aucune compensation pour la Sécurité
Sociale, c’est à nouveau un manque à gagner… C’est encore le salarié qui est lésé !
La vraie question concerne donc la précarité du travail ! Pourquoi Nicolas Sarkozy ne dit pas clairement qu’il veut s’attaquer au coût du travail… mais au détriment
du salarié ?! Bref, Nicolas Sarkozy n’a qu’une ambition : casser le droit du travail. Après avoir dit : « je ne vois pas pourquoi on empêcherait les gens de travailler plus s'ils
sont payés en conséquence", voilà que le Président s’écrit : « je ne vois pas pourquoi on empêcherait les gens de travailler un dimanche s'ils sont volontaires ». Et des français
se laissent abuser parce qu’après tout... « Oui, pourquoi pas ». Ces régressions sont financées sur le dos de la Sécurité Sociale et c'est tout le modèle de société française que
Nicolas Sarkozy remet en question. N’est-ce pas absurde quand, dans le même temps, le Président fanfaronne à longueur d’omniprésence médiatique sur les mérites de notre modèle de société ?
Ce même Président qui vantait le modèle anglo-saxon en début de mandat, vante désormais les vertus de l’Etat providence parce qu’il nous a permis de mieux résister
à la crise que les autres pays… Est-ce une rupture avec la rupture ?
Existe-t-il une alternative ?
Bien sûr, il existe d’autres solutions pour
réduire les coûts ou les charges qui pèsent sur le travail et améliorer ainsi la productivité tout en respectant notre modèle de société. N’en déplaise à notre Président qui aime pourtant évoquer
des grands noms de la Gauche, des choses essentielles sont à faire pour recréer un réel plein emploi en France et pour permettre à une politique keynésienne de relance économique par la
consommation des ménages d'être efficace : réduire de façon importante la durée effective du travail, en prenant soin de réaliser une formation de grande ampleur dans certains métiers (santé,
construction ...), transférer une part importante ou la totalité des cotisations sociales (employeurs et salariés) sur l'impôt et la TVA sociale (à laquelle contribueront les produits importés),
rétablir les frontières économiques afin d'éviter la destruction de notre tissu industriel par le "dumping" des pays à très bas coût de main-d’œuvre (droits de douane et quotas) y compris avec
les pays d'Europe à 15, à 25 ou à 27.
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