Le Petit Journal de Canal + a fait l’événement cette semaine en découvrant que deux discours de Sarkozy sur l’agriculture étaient
purement et simplement copiés-collés.
Bienbienbien.net et maCommune.info leur a emboité le pas et loin d’être une simple bourde, les archives même de l’Elysée montrent une
habitude prise par le Président de la République.
Petite parenthèse sur le titre de mon article : le discours de Dakar est une allocution prononcée par le président, le 26 juillet 2007
à l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Sénégal), devant des étudiants, des enseignants et des personnalités politiques.
Comme souvent, le discours est rédigé par son conseiller Henri Guaino et semble dénoter une méconnaissance de l'Afrique, de son histoire et a suscité une vive émotion en Afrique et dans le
monde.
Dans ce discours, Sarkozy déclare que la colonisation fut une faute tout en estimant que le problème principal de l'Afrique venait de ce que « l’homme africain n’est pas assez entré dans
l’Histoire. (...) Le problème de l’Afrique, c’est qu’elle vit trop le présent dans la nostalgie du paradis perdu de l’enfance. (...) Dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il n’y a de
place ni pour l’aventure humaine ni pour l’idée de progrès ». A-t-il oublié que la colonisation ne s’est jamais réellement terminée, des dictatures ou groupuscules télécommandés à distance… ayant
pris place ? Où est la place du peuple africain dans ce carcan ?
Refermons la parenthèse...
Pour les agriculteurs, « Moi, je ne suis pas venu vous tenir un discours, que vous avez déjà entendu ! »
…Euh, ben, disons, je vais quand même vous le
débiter encore trois fois !
Le 2 avril 2008, au Congrès de la FNSEA à Nantes :
« Un agriculteur est avant tout un entrepreneur, un entrepreneur qui ne compte pas ses heures, qui porte la responsabilité
d’investissements importants, qui doit relever des défis humains, financiers, techniques, administratifs souvent considérables. C’est un chef d’entreprise, un agriculteur, mais qui doit s’adapter
en permanence au climat, au marché aux technologies, aux réglementations. Pour se lancer dans l’agriculture, il faut d’abord de l’esprit d’entreprise. Pour s’y maintenir il faut de la ténacité.
Pour y réussir il faut du talent. Bref, pour être un agriculteur, il faut être passionné et travailleur. »
Le 19 février 2009, à Daumeray :
« Un agriculteur, c’est d’abord, et je ne me lasserai jamais de le dire, un entrepreneur, un entrepreneur qui ne compte pas
ses heures, qui porte la responsabilité d’investissements importants, qui doit relever quantité de défis humains, financiers, techniques, administratifs considérables. C’est un chef d’entreprise,
un agriculteur, mais qui doit s’adapter en permanence au climat, au marché, aux technologies et aux réglementations. Pour être un agriculteur, on me l’a dit d’ailleurs, tout à l’heure, il faut
être passionné et il faut être travailleur. »
Le 27 octobre 2009, à Poligny :
« Un agriculteur est donc un entrepreneur, mais un entrepreneur qui ne compte pas ses heures,
qui porte la responsabilité d’investissements importants, qui doit relever tous les jours des défis humains, financiers, techniques, administratifs considérables. C’est un chef d’entreprise qui
doit s’adapter en permanence au climat, aux marchés, aux technologies, aux réglementations. Pour se lancer dans l’agriculture, il faut d’abord de l’esprit d’entreprise. Pour s’y maintenir il faut
de la ténacité. Pour y réussir il faut du talent. Bref, pour être un agriculteur, il faut être un travailleur, il faut être passionné. »
Pour les agriculteurs, « je ne me lasserai jamais de le dire »…
Et
effectivement, c’est du jamais deux sans trois !
Le Discours de la terre pour enchainer sur le
thème de l'identité nationale… Et encore, on ne compte pas le nombre de débats lancés sur ce thème… à l’approche
de chaque élection !
Le 11 septembre 2007, inauguration du salon des productions animales, à Rennes :
« La France a un lien charnel avec son agriculture, avec sa terre. Le mot -terre- a une signification française et j’ai
été élu pour défendre l’identité nationale française. Et dans cette identité nationale française, il y a le rapport des Français avec la terre, avec les ancêtres, avec leurs grands-parents.
Toutes les familles de France ont des grands-parents qui, à un moment ou un autre, ont travaillé la terre. L’agriculture a façonné nos paysages. L’agriculture a donné à notre patrie une partie de
son âme. C’est avec ses convictions à l’esprit que nous allons ensemble œuvrer pour l’avenir. »
Le 19 février 2009, à Daumeray :
« Renouveler le lien charnel que la France a avec son agriculture et avec sa terre. Le mot -terre- a une signification
française et j’ai été élu pour défendre l’identité nationale française. Et dans cette identité nationale française, il y a le rapport des Français avec la terre. Toutes les familles de France ont
des grands-parents qui, à un moment ou un autre, ont travaillé la terre. L’agriculture a façonné nos paysages. L’agriculture a donné à notre pays une partie de son âme. C’est avec ses convictions
à l’esprit que nous allons ensemble œuvrer à la défense et à la promotion de l’agriculture. »
Le 27 octobre 2009, à Poligny :
« La France a un lien charnel avec son agriculture, avec sa terre. Le mot -terre- a une signification française et j’ai été
élu pour défendre l’identité nationale française. Et dans cette identité nationale française, il y a le rapport des Français avec la terre, avec les ancêtres, avec leurs grands-parents. Toutes
les familles de France ont des grands-parents qui, à un moment ou un autre, ont travaillé la terre. L’agriculture a façonné nos paysages. L’agriculture a donné à notre patrie une partie de son
âme. C’est avec ses convictions à l’esprit que nous allons ensemble œuvrer pour l’avenir de notre agriculture. »
Pour les commerçants, même discours pour chaque année.
Nous en sommes à la deuxième année…
Le 30 avril 2008, discours traditionnel de remise du brin de muguet aux commerçants de
Rungis, à l’Elysée :
« Vous connaissez mon attachement à cet endroit extraordinaire qu’est le marché de Rungis. C’est un endroit qui est
extraordinaire parce qu’il est plein d’humanité et qu’il recèle beaucoup de valeurs, au premier rang desquelles le sens du travail. Rungis ce sont des professionnels de très haut niveau
attachés à la qualité des produits alimentaires qui y transitent et qui font la renommée de la France. [...] Vous incarnez les métiers de proximité et les 1 300 entreprises présentes sur le
marché de Rungis font de vous des acteurs du lien social avec l’ensemble de nos compatriotes. Le Marché International de Rungis est une vitrine extraordinaire des produits et des terroirs
français que vous faites vivre quotidiennement et qui s’impose comme le plus important marché de gros de produits frais au monde, ce qui n’est pas rien. Vous me donnez l’occasion de vous dire à
quel point l’évolution des prix agricoles est un sujet essentiel. »
Le 30 avril 2009, bis repetita, à l’Elysée :
« Le Marché d’Intérêt National de Rungis est un endroit extraordinaire dans lequel je me sens bien parce que ceux qui
s’y trouvent ont mis la valeur travail au cœur de leur projet de société. Vous représentez des professionnels de très haut niveau attachés à la qualité des produits alimentaires, qualité qui fait
la renommée de la France. [...] Vous incarnez des métiers de proximité qui gagnent en succès dans la crise que nous traversons, et les 1 300 entreprises présentes sur le marché de Rungis font de
vous des acteurs du lien social avec l’ensemble de nos compatriotes. Rungis est une vitrine extraordinaire des produits et des terroirs français que vous faites vivre. Vous vous imposez comme le
plus important marché de gros de produits frais au monde, ce qui est une réussite exceptionnelle. Vous me donnez l’occasion de vous dire à quel point je suis attaché au développement d’une
production agro-alimentaire de qualité en Europe. »
Pour les Français de l’étranger,
A profusion, jusqu’à... sept fois !!!
Il s’agit des réceptions des Français de l’étranger lorsque Nicolas Sarkozy est en voyage officiel. Le Président ne peut s’empêcher de
relever l’une de ses promesses de campagne qu’il a pu tenir : la gratuité de l’école pour les Français de l’étranger. Une telle jouissance pour ces rares promesses tenues qu’il en fait des
tonnes… enfin, on en est à sept pour le moment…
Le 27 février 2008, à N’Djamena, au Tchad :
« Alors certains disent mais pourquoi vous avez commencé par la terminale. Il eut fallu commencer par la maternelle. J’ai
commencé par la terminale parce que c’est l’année la plus chère. Et si j’avais commencé par la maternelle, on m’aurait dit pourquoi vous commencez par la maternelle, alors qu’il fallait commencer
par la terminale. Alors il fallait faire un choix, je l’assume. »
Le 29 avril 2008, à Tunis, en Tunisie :
« Alors, enfin, on me dit pourquoi tu as commencé par la terminale. Si j’avais commencé par la maternelle, on m’aurait
pourquoi tu as commencé par la maternelle. Eh bien j’ai commencé par la terminale, parce que c’était plus cher et je me disais que je me ferais moins attraper en commençant par la terminale que
par la maternelle. »
Le 23 mai 2008, à Luanda, en Angola :
« Alors on me dit mais pourquoi vous avez commencé par la terminale. Si j’avais commencé par la maternelle on m’aurait dit
pourquoi vous avez commencé par la maternelle. D’abord, il fallait bien commencer par quelque chose, et j’ai pensé que c’était plus utile de commencer par l’année qui coûte le plus
cher. »
Le 6 juin 2008, à Athènes, en Grèce :
« Evidemment, il y a certains qui disent pourquoi vous n’avez pas commencé par la maternelle. J’aurai commencé par la
maternelle, on m’aurait dit pourquoi je n’ai pas commencé par la terminale. Mais surtout, j’ai voulu commencer par l’année la plus chère pour que vous puissiez constater la générosité des
pouvoirs publics français ! »
Le 16 juin 2008, à Prague, en République Tchèque :
« On me dit pourquoi avez- vous commencé par la terminale ? Si j’avais commencé par la maternelle on m’aurait dit
pourquoi avez-vous commencé par la maternelle ? J’ai commencé par la terminale parce que je pensais que c’était l’année la plus chère. Et puis il fallait bien commencer par quelque
chose. »
Le 27 avril 2009, à Madrid, en Espagne :
« On m’a dit mais pourquoi avez-vous commencé par la terminale, vous auriez pu commencer par la maternelle ? Si l’on
avait commencé par la maternelle, on m’aurait dit pourquoi n’avez-vous pas commencé par la terminale? Moi, j’ai souhaité que l’on commence par la terminale pour une raison simple : c’est parce
que la scolarité est plus chère en commençant par la terminale qu’en commençant par la maternelle et qu’il m’a semblé plus juste de faire les choses ainsi. »
Le 7 septembre 2009, à Brasilia, au Brésil :
« On me dit pourquoi vous ne commencez pas par la maternelle. Parce que par la terminale, cela coûtait plus cher ! Si
j’avais commencé par la maternelle, on m’aurait dit pourquoi, vous ne commencez pas par la terminale. »
Pour les jeunes,
2 fois et c’est presque bon…
Le 24 avril 2009, à Jouy-le-Moutier :
« Premier principe, le refus des fausses solutions. Je les entends bien ceux qui disent “vous savez, si vous nous laissiez
faire partir des seniors en préretraites, cela ferait de la place pour les jeunes…”. On a raconté ce mensonge aux Français pendant trente ans. Certains y ont cru. Et le résultat, c’est que nous
subissons à la fois les taux d’emploi des jeunes et des seniors parmi les plus faibles de l’OCDE. Qui peut oser dire que c’est une stratégie gagnante? Si elle l’était, la France ferait assurément
depuis trente ans la course en tête.
Deuxième idée fausse, celle d’un emploi au prix d’une précarisation accrue. Je veux que les jeunes accèdent à un vrai emploi, à un
vrai contrat de travail. Je ne peux pas comprendre une conception de la jeunesse qui conduirait à sous-payer les jeunes, à leur donner moins de garanties. Franchement, faire cela, est-ce miser
sur la jeunesse ?
Troisième idée fausse, une nouvelle usine à gaz, qu’on mettrait des mois à mettre en place, à laquelle personne ne comprendrait
rien et dont on se rendrait compte, in fine, qu’elle n’a eu aucun effet. [...]
Mon deuxième principe, c’est d’apporter une réponse à tous les jeunes. [...]
Troisième principe, tout faire pour proposer aux jeunes des emplois dans le secteur marchand, dans les métiers dynamiques de notre
économie, qui connaissent de vrais besoins et qui seront les premiers à rebondir après la crise. Et lorsqu’on proposera aux jeunes des emplois dans le secteur non marchand, il faudra que ce soit
pour leur permettre d’acquérir des compétences transférables ensuite dans le secteur privé. »
Le 15 juillet 2009, discours sur l’emploi des jeunes à l’Elysée :
« Le premier [principe], c’est le refus des fausses solutions. [...] Si vous saviez le nombre de gens qui viennent me dire
“laissez-nous faire partir des seniors en préretraites, cela fera de la place pour les jeunes…”. [...] Que les choses soient entendues, je suis prêt au partenariat, à la concertation, au dialogue
mais cela fait trop longtemps que l’on raconte des balivernes aux Français. S’il suffisait de faire partir les plus de 55 ans en préretraites pour donner du travail aux jeunes, on se demande bien
pourquoi la France est de tous les pays européens celui qui a le moins de quinquagénaires au travail et le plus de jeunes au chômage. [...]
La deuxième idée fausse, et je vais fermer la porte avec la même force, est que les jeunes ne pourraient accéder à l’emploi qu’au
prix d’une précarisation accrue. Je le dis tout net, je ne l’accepterai pas. Les jeunes doivent avoir un vrai emploi, une vraie formation, un vrai contrat de travail. Ce n’est pas en sous-payant
les jeunes, en leur donnant moins de garanties qu’on leur donne confiance et qu’on prépare
l’avenir. [...]
Troisième idée fausse, c’est croire aux remèdes miracles, aux usines à gaz, qu’on mettrait des mois à mettre en place, auxquelles
personne ne comprendrait rien et dont on se rendrait compte, in fine, qu’elles n’ont eu aucun effet. [...]
Deuxième principe, Je voudrais que l’on apporte une réponse à tous les jeunes. [...]
Troisième principe, tout faire pour proposer aux jeunes des emplois dans le secteur marchand, dans les métiers dynamiques de notre
économie, qui connaissent de vrais besoins et qui seront les premiers à rebondir après la crise. Et lorsqu’on propose aux jeunes des emplois dans le secteur non marchand, il faut que ce soit pour
leur permettre d’acquérir des compétences qui seront transférables du secteur non marchand au secteur marchand. »
Et chose étrange, si on prend le temps de lire intégralement les deux discours, on constatera que de cinq principes énumérés lors du
discours du 24 avril, on est passé à trois principes dans celui du 15 juillet.
Est-ce une perte de convictions ? Ou pire, l’usure prématurée du pouvoir ?
Pour tous les travailleurs, le Président a une bonne fable sur le travail dominical…
Et il y tient ! Oui, c'est qu'il y tient !! Si, si, il y tient plus qu'il ne tient jusqu'à en tenir !!!
Et effet, quoi de mieux qu'une jean-foutrerie (... n'est-ce pas ?) pour faire comprendre la valeur du mérite et du travail (... et
temps pis, si les propos des conférences de presse et autres discours de la semaine sont contredits par les actes... de la même semaine !!!).
Quoi de mieux qu’une anecdote rigolote pour défendre le travail du dimanche...
Cela dit, le Président s’est senti obligé de la ressortir maintes fois :
En conclusion, qu’en penser ?
Cela paraît tout de même incroyable de ressortir autant de fois les passages de vieux discours.
Des passages ressortis à la virgule près et avec scrupuleusement la même intonation, les mêmes gestes au même moment ! Dans tout corps
de métier, de telles similitudes, de telles reprises ne feraient pas professionnelles.
Alors comment est-ce possible de la part d’un Président ? D’autant plus que le Président est entouré d’une équipe de
spécialistes…
Lorsque la polémique sur le discours de Dakar a éclaté, l’équipe de Nicolas Sarkozy donnait comme explication que le Président avait
rapidement lu le discours dans l’avion… Est-ce bien sérieux de la part d'un Président qui a d'autant plus l'intention de s'offrir un Air-Force-One à la française ?! Si un avion aussi sophistiqué
et coûteux ne servira à pondre que des discours entendus maintes fois…
De même, une polémique naît sur son fils Jean, 23 ans et Bac +1 en raison de nombreux redoublement. Il a fini par lâcher ses études
pour se retrancher… en politique ! Le fils du Président devient donc un homme politique d'envergure régionale, du jour au lendemain, dans l’ancien fief électoral de son père. Et presqu’aussi
vite, enfin, une fois débarrassé de Patrick Devedjian, grâce à son père, il ne lui faut également que quelques mois pour devenir le candidat « unique » à l’EPAD, 1er quartier d’affaire d’Europe.
De quoi donner à Jean, une stature européenne ! Si, si ! Et s'il a fallu beaucoup de temps, de patience et surtout d’expérience à Dominique Strauss Khan pour accéder à la tête du FMI, « Jean a
beaucoup de talent », il n'a pas besoin de tout cela ! Ce qui est gênant, dans toute cette affaire peu glorieuse pour un Président qui parlait de rupture avec le passé, c’est qu’au même moment,
il tient un discours sur la réforme des lycées en voulant mettre un terme aux « passe-droits » et en fustigeant les « fils de ».
Se rend-il compte de la contradiction, totalement maladroite, entre ces deux événements ?
En tous cas, cela montre clairement que la tactique de l’omniprésence médiatique le dépasse quelque peu, au point de ne plus maîtriser
ses discours, faits par d’autres et ensuite débités sans réfléchir sur le fond.
C’est à se demander si toutes ces bourdes ne révèlent pas un Président épuisé voire dépassé, à mi-mandat de cinq ans. Qu'en serait-il,
dans le cadre d'un septennat !
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